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ÇA NOUS REGARDE

Nous jetons souvent des regards empreints de crainte, voire de peur, des regards de malaise, des regards de culpabilité et de “pitié”, des regards fuyants qui isolent les personnes qui vivent avec une déficience intellectuelle, quand nous ne les ignorons tout simplement pas. Il y a même des regards de soulagement, des regards qui di-sent “une chance que ce n’est pas mon enfant”. Oui, nous portons des regards et nous avons des attitudes qui les placent trop souvent en marge de la société.

Par ce projet d’exposition et d’édition, je souhaite présenter de nouvelles perspectives, un nouvel éclairage, apporter d’autres points de vue. Ce projet met de l’avant leur sensibilité, leur intelligence, leur créativité, leurs passions, leurs forces, leurs plaisirs, leurs amitiés et leurs amours. Des personnes soutenues par l’amour de leurs familles, par l’amour de leurs amis et par celui de leur communauté; des personnes de partage qui participent activement à leur société, qui nous donnent plus d’un enseignement et qui comptent dans la vie de plusieurs personnes; des enfants, des femmes et des hommes non seulement redevables mais aussi «actrices et acteurs de leur propre vie, en position de transmettre et de donner.»1 Il est intéressant de noter que le terme “déficience” débute avec le mot “défi”. Oui, les personnes qui vivent avec une déficience intellectuelle et, bien sûr, celles qui participent à ce projet, relèvent quotidiennement des défis avec beaucoup de talent.

Je me suis aventuré dans ce projet en gardant en tête la devise des Patagons qui dit que “se hâter est le plus sûr moyen de ne pas arriver”. Alors, lentement, tout doucement, progressivement, je suis allé à la rencontre de la diversité et de la différence, j’oserais même dire des différences.

J’ai fait de merveilleuses découvertes en côtoyant ces héroïnes et héros du quotidien. Comme l’a si bien déjà dit une chanson du groupe Harmonium : «On a mis quelqu’un au monde, faudrait peut-être l’écouter

Oui, j’ai rencontré des personnes généreuses, des personnes qui partagent aisément qui elles sont, ce qu’elles font et ce qu’elles ont pour peu que nous les écoutions et que nous les respections sincèrement. C’est encore Tanguy Châtel qui a dit : «Découvrir que ce qu’on a, que ce qu’on est, a encore de la valeur pour autrui, pouvoir le lui offrir et le voir s’en réjouir est une chose hautement vivifiante. […]. Ce partage est porteur d’une profonde et insoupçonnable fécondité.»2 Différentes, ces personnes? Oui, et je dis tant mieux. Tant mieux pour nous toutes et pour nous tous. Il est plutôt rassurant de côtoyer d’autres points de vue dans un monde si fou d’homogénéité et de conformité!

Guy Fortin, photographe

1.   Châtel, Tanguy, in «La consolation», éd. naïve et France Culture, p. 191, 2012.

2.   Idem.